Que mettre dans la section « centres d’intérêt » de son CV ? (Exemples par secteur)
Tu fixes cette rubrique depuis dix minutes. Tu as tapé « voyages, cinéma, musique »… puis tu as tout effacé. Tu sens que c’est trop banal, mais tu ne sais pas quoi mettre à la place.
La section « centres d’intérêt » est l’une des plus sous-estimées du CV. Neuf fois sur dix, les candidats la remplissent pour la remplir, et le recruteur n’y accorde alors aucune attention. Mais bien utilisée, elle peut faire la différence : te rendre mémorable, humaniser ta candidature, et même ouvrir une conversation en entretien.
Dans cet article, on t’explique exactement quoi mettre, comment le formuler, et on te donne des exemples concrets selon ton secteur.
À quoi sert vraiment cette rubrique ?
Avant de choisir quoi écrire, comprends ce que le recruteur cherche à lire.
Quand un recruteur parcourt des dizaines de CV, il lit des listes de compétences et d’expériences, et tout finit par se ressembler. La section centres d’intérêt est la seule fenêtre sur toi en tant que personne. C’est là qu’il peut entrevoir qui tu es vraiment en dehors du travail.
Concrètement, tes centres d’intérêt lui permettent de :
- Évaluer tes soft skills sans que tu aies à les lister explicitement. Un sport collectif pratiqué depuis 5 ans dit « travail en équipe » bien mieux qu’une case cochée dans une liste de compétences.
- Vérifier la cohérence de ton profil : Si tu postules à un poste créatif et que tu pratiques la photographie ou l’illustration, ça renforce ton positionnement.
- Créer un point de connexion humain : Les recruteurs sont aussi des humains. Si tu partages une passion avec la personne qui lit ton CV, tu passes immédiatement du statut de « candidat n°47 » à celui de « la personne qui fait de la planche à voile ».
- Préparer des questions d’entretien : Beaucoup de recruteurs utilisent les centres d’intérêt pour briser la glace en début d’entretien et t’observer dans un moment plus détendu.
Cette rubrique n’est donc pas là pour remplir le bas de la page. Elle doit compléter et renforcer le reste de ton CV.
Est-ce obligatoire de mettre des centres d’intérêt sur son CV ?
Non. Cette section est facultative. Et dans certains cas, il vaut mieux l’omettre.
Inclus une section centres d’intérêt si :
- Tu es étudiant ou jeune diplômé avec peu d’expérience professionnelle. C’est là que cette rubrique a le plus de valeur, car elle compense le manque d’historique pro
- Tes loisirs illustrent des compétences directement utiles au poste visé
- L’offre d’emploi met en avant des valeurs (sport, engagement, créativité) que tu partages
- Tu as de la place sur ta page sans être obligé de « noyer » les sections importantes
Saute cette rubrique si :
- Ton CV fait déjà deux pages et que tu dois couper quelque chose
- Tu as tellement d’expériences et de compétences que la rubrique ajouterait peu
- Tu n’as vraiment aucun centre d’intérêt que tu pourrais défendre en entretien
La règle d’or : être précis plutôt que vague
C’est l’erreur numéro un. Écrire « voyages », « lecture », « musique » ou « cinéma » n’apporte strictement rien. Ce sont les réponses que 80 % des candidats donnent. Un recruteur les voit des dizaines de fois par semaine
La clé, c’est la précision et la spécificité.
| Formulation vague | Formulation précise |
|---|---|
| Voyages | Exploration de l’Asie du Sud-Est, carnet de voyage illustré tenu depuis 3 ans |
| Lecture | Passionné de littérature africaine contemporaine (Chimamanda Ngozi Adichie, Alain Mabanckou) |
| Musique | Guitariste dans un groupe de rock indépendant, 4 concerts organisés cette année |
| Sport | Capitaine de l’équipe de basket universitaire depuis 2 ans (compétitions régionales) |
| Cinéma | Cinéphile spécialisé dans le cinéma de genre asiatique, tenue d’un compte Letterboxd |
| Jeux vidéo | Game designer amateur, création d’un jeu de plateau joué par 200+ personnes en ligne |
La précision fait deux choses : elle te rend crédible, et elle donne au recruteur matière à te poser une question en entretien.
Combien de centres d’intérêt mettre sur son CV ?
Entre 3 et 5, pas plus.
Moins de 3, la rubrique paraît vide. Plus de 5, tu donnes l’impression de vouloir remplir l’espace ou d’être dispersé. Trois centres d’intérêt bien choisis et bien formulés valent largement mieux qu’une liste de dix activités génériques.
Classe-les du plus pertinent par rapport au poste au moins pertinent.
Les compétences cachées derrière chaque type d’activité
Chaque hobby envoie un signal au recruteur. Voici comment décoder (et choisir) tes centres d’intérêt en fonction des compétences qu’ils révèlent.
#. Sports collectifs : Travail en équipe, gestion des conflits, leadership
Football, basketball, handball, rugby, volleyball… La pratique régulière d’un sport d’équipe montre que tu sais fonctionner avec d’autres, gérer la pression, et prendre ta place dans un collectif sans écraser les autres.
Formulation efficace : « Footballeur en club depuis 8 ans, actuellement en équipe première de Ligue Régionale (entraînements 3x/semaine). »
#. Sports individuels : Discipline, autonomie, persévérance
Course à pied, natation, cyclisme, arts martiaux, escalade… Ces sports demandent une rigueur personnelle que personne d’autre n’impose. Ils signalent au recruteur que tu sais te fixer des objectifs et t’y tenir seul.
Formulation efficace : « Coureur de trail, participation à 3 semi-marathons en 2025, entraînement autonome 5 jours/semaine. »
#. Sports intellectuels : Analyse, concentration, stratégie
Échecs, go, bridge, Scrabble en compétition… Ces activités illustrent une capacité d’analyse, d’anticipation et de prise de décision sous pression.
Formulation efficace : « Joueur d’échecs en compétition depuis 4 ans, classement Elo 1450, membre d’un club régional. »
#. Engagement associatif et bénévolat : Empathie, sens des responsabilités, initiative
C’est l’une des catégories les plus valorisées par les recruteurs, surtout pour les jeunes sans expérience. Elle prouve que tu t’engages concrètement, que tu es fiable, et que tu penses aux autres.
Formulation efficace : « Bénévole au Secours Populaire depuis 2 ans, animation d’ateliers de soutien scolaire pour des collégiens. »
#. Création artistique : Créativité, sens esthétique, persévérance
Photographie, illustration, poterie, écriture, couture, musique… Ces activités révèlent une sensibilité et une capacité à créer quelque chose à partir de rien – très valorisé dans les métiers créatifs, mais aussi dans des postes de communication ou de management.
Formulation efficace : « Photographe amateur, publication régulière sur Instagram (2 800 abonnés), spécialisation en portrait et architecture. »
#. Création digitale : Compétences tech, autonomie, curiosité
Gestion d’un blog, d’un podcast, d’une chaîne YouTube, développement d’une application, design graphique… Ces activités sont particulièrement puissantes car elles montrent à la fois des compétences techniques et une capacité à créer et entretenir un projet dans la durée.
Formulation efficace : « Auteur d’un podcast sur l’histoire du sport (32 épisodes, 1 200 abonnés Spotify), production et montage audio autonomes. »
#. Voyages et cultures : Ouverture d’esprit, adaptabilité, curiosité
Attention : « voyages » seul ne veut rien dire. En revanche, si tu as vécu à l’étranger, voyagé de façon autonome, ou développé une vraie curiosité pour une culture précise, c’est un vrai signal d’adaptabilité et d’ouverture.
Formulation efficace : « Voyageur indépendant au long cours (Amérique du Sud, Asie du Sud-Est), habitué à organiser des séjours complexes avec un budget limité. »
Exemples concrets par secteur
Voici quelques exemples concrets selon ton secteur :
#. Tu postules dans le marketing / la communication
Les recruteurs cherchent : créativité, sens de l’audience, compétences digitales, storytelling.
Centres d’intérêt qui parlent :
- Gestion d’un compte Instagram ou TikTok avec une vraie communauté
- Rédaction d’un blog sur un sujet de niche
- Participation à des concours de communication ou de pub
- Photographie ou création vidéo régulière
Exemple de rubrique rédigée :
Centres d’intérêt — Créatrice de contenu : compte Instagram dédié à la street food parisienne (4 200 abonnés), production photo et rédaction hebdomadaire — Bénévole communication pour une association étudiante : création des supports visuels, gestion des réseaux sociaux
#. Tu postules dans la tech / l’informatique / le développement
Les recruteurs cherchent : curiosité technique, projets personnels, veille, autonomie.
Centres d’intérêt qui parlent :
- Projets open source ou personnels (avec lien GitHub)
- Participation à des hackathons
- Création d’un jeu, d’une app, d’un bot
- CTF (Capture The Flag) pour les profils cybersécurité
Exemple de rubrique rédigée :
Centres d’intérêt — Développeur de projets personnels : création d’une extension Chrome pour organiser les onglets (150 téléchargements), code disponible sur GitHub — Participant à 2 hackathons étudiants (24h), dont un prix coup de cœur du jury pour un projet d’accessibilité web
#. Tu postules dans le social / l’humain / l’éducation
Les recruteurs cherchent : empathie, sens de l’écoute, engagement, goût pour le contact humain.
Centres d’intérêt qui parlent :
- Bénévolat auprès de populations fragiles
- Pratique d’un sport d’équipe avec rôle de capitaine ou d’entraîneur
- Animation d’ateliers ou de clubs
- Apprentissage d’une langue étrangère dans une optique d’échange interculturel
Exemple de rubrique rédigée :
Centres d’intérêt — Bénévole chaque week-end à l’association « Lire et Faire Lire » : aide aux devoirs pour des enfants de 6 à 12 ans, depuis 2 ans — Pratique du théâtre en amateur depuis 5 ans : travail sur l’expression corporelle, la voix et la présence sur scène
#. Tu postules dans la finance / le conseil / la banque
Les recruteurs cherchent : rigueur, logique, capacité à gérer des systèmes complexes, résistance à la pression.
Centres d’intérêt qui parlent :
- Échecs, jeux de stratégie en compétition
- Investissement et suivi des marchés (si tu peux en parler sérieusement)
- Organisation d’événements ou de projets collectifs
- Sport individuel de haut niveau
Exemple de rubrique rédigée :
Centres d’intérêt — Joueur d’échecs en compétition depuis 6 ans (classement Elo 1600), entraînement hebdomadaire en club — Triathlète amateur : participation au triathlon de Paris 2025, entraînement structuré sur 12 semaines
#. Tu postules dans le design / la création / l’architecture
Les recruteurs cherchent : sensibilité esthétique, pratique créative régulière, curiosité culturelle.
Centres d’intérêt qui parlent :
- Pratique d’un art plastique (dessin, peinture, illustration, céramique)
- Photographie avec une direction artistique claire
- Visite régulière d’expositions, curation de références visuelles
- Design personnel (typographie, UI, motion)
Exemple de rubrique rédigée :
Centres d’intérêt — Illustrateur amateur : création de zines illustrés vendus lors de marchés créatifs locaux, diffusion sur Behance — Passionné d’architecture brutaliste : veille quotidienne, voyage à Marseille pour découvrir le patrimoine Le Corbusier
Les erreurs à ne jamais commettre
1. Mentir sur ses centres d’intérêt : C’est le piège le plus dangereux. Si tu écris « Passionné d’échecs » pour paraître stratégique et que le recruteur te demande ton classement Elo ou ton ouverture préférée, ta crédibilité s’effondre en dix secondes. Ne mets que ce que tu peux vraiment défendre et raconter avec enthousiasme.
2. Mettre des centres d’intérêt clivants : Politique, religion, chasse, jeux d’argent… Même si tu y es passionné, ces activités risquent de déclencher des biais inconscients chez le recruteur. Ce n’est pas une question de censure, c’est une question de stratégie : tu ne sais pas qui lira ton CV.
3. Copier les centres d’intérêt d’un modèle trouvé en ligne : Autant ne rien mettre. Un recruteur expérimenté reconnaît immédiatement les listes recopiées. Tes centres d’intérêt doivent être les tiens.
4. En mettre trop pour « faire rempli » : Une liste de dix activités donne l’impression d’un manque de priorisation, ou pire, que tu n’as pas eu assez d’expériences professionnelles à mettre en avant. Reste sur 3 à 5 activités, bien choisies et bien formulées.
5. Ne pas se préparer à en parler : Tout ce que tu mets sur ton CV, tu dois être capable d’en parler en entretien. Si tu écrits « pianiste depuis 10 ans » et que le recruteur te demande ce que tu joues en ce moment, tu dois avoir une vraie réponse.
Comment formuler concrètement chaque centre d’intérêt ?
Voici la formule qui fonctionne le mieux :
[Activité précise] + [contexte ou niveau] + [résultat ou engagement mesurable si possible]
Quelques exemples appliqués :
- « Photographe de rue : publication hebdomadaire sur Instagram (3 400 abonnés), projet en cours sur les marchés traditionnels »
- « Capitaine de l’équipe universitaire de handball depuis 2 ans, organisation des entraînements et de 12 matchs de championnat »
- « Podcasteur : 40 épisodes publiés sur l’histoire du football africain, 900 abonnés, production et montage maison »
- « Bénévole coordinateur dans une association d’insertion professionnelle, accompagnement de 15 demandeurs d’emploi sur 6 mois »
- « Créateur d’une newsletter hebdomadaire sur les tendances de la fintech (450 abonnés actifs) »
Et si je n’ai vraiment aucun centre d’intérêt « présentable » ?
D’abord, c’est rarement vrai. Voici quelques pistes auxquelles on ne pense pas toujours :
- Les jeux vidéo peuvent être valorisants selon le contexte : si tu joues en équipe, si tu as un rang élevé dans un jeu compétitif, ou si tu crées des niveaux/mods. Dans les secteurs créatifs ou tech, c’est même un vrai plus.
- Les séries et films : si tu as une vraie culture cinématographique et que tu peux l’articuler (analyse, référence à des réalisateurs, écriture d’une newsletter ou d’un compte dédié), c’est beaucoup plus fort que « cinéma ».
- Les activités domestiques créatives : cuisine de compétition, jardinage urbain, menuiserie amateur es révèlent patience, créativité et sens du concret.
- L’apprentissage actif : si tu suis des cours en ligne (Coursera, edX, YouTube), lis des essais non-fiction, ou explores un sujet de façon autonome, c’est un signal fort de curiosité intellectuelle.
Si vraiment tu ne trouves rien qui corresponde à ces critères, mieux vaut ne pas inclure la section plutôt que de la remplir n’importe comment.
La section centres d’intérêt est ta chance de sortir de la masse et de montrer qui tu es vraiment. Traite-la avec le même soin que le reste de ton CV car elle peut faire la différence entre un entretien et un refus.